Livre

Extrait de la nouvelle

Paris s’écrivait de secondes de juin s’habillant de bruits de printemps. J’avais aimé
en me levant ce matin, à laisser entrer par la fenêtre légèrement entrouverte les
premières chaleurs douces de ce mois de juin. Rien ne me pressait aujourd’hui,
aucune obligation obligée. Je vaquais donc à ces riens nécessaires de célibataire,
aimant à trainer; jouant à déranger nonchalamment quelques objets croisés ça et là.
Ainsi je déplaçais de quelques centimètres de plus une pomme d’hier laissée au coin
de ma petite table ronde pour m’amuser à en découvrir ses nouvelles ombres, ou
bien encore, délicatement, je me plaisais à faire semblant de lire comme l’aurait fait
un premier de sa classe, les crédits d’un vieux 78 tours de jazz posé sur mon
étagère, afin que le temps perdu ne vienne me coller une quelconque punition de
rangement obligatoire !….

Oui voilà comment je traînais dans mon appartement.

Je traînais ainsi, comme devait sûrement traîner un gentil voyou dans le début des
années soixante sur le trottoir d’en face, à attendre que ne sorte sa belle promise du
salon de coiffure, aimant à narguer ses impatiences de quelques retouches de
mèches gominées dans son rétroviseur de DS !

Oui, je traînais de bonne humeur pure, de silences, de pensées aussi me demandant
à quel moment fatidique, j’allais enfin bien pouvoir prendre à bras le corps cette
journée, pour ne pas en être l’esclave. Etonnement aujourd’hui tout me paraissait
beau. Il me semblait même que les bruits de cette maudite circulation parisienne qui
souvent me poussaient à fermer les fenêtres, et à en tirer les rideaux;
exceptionnellement arrivaient ce matin à se faufiler de mille grâces mélodieuses
entre les toits chauds de Paris. Même mes quelques plantations citadines sur mon
maigre balcon me semblaient soudain de la trempe de celles du jardin des plantes.
Ce qui pouvait se révéler d’une mauvaise foi totale, ou bien encore d’une indécente
’’sur’’ bonne humeur !

Comme juin s’écrivait de beautés en fait. De beautés simples.

Jeff de Mongri - D'un Gage à l'autre